Ludovic Hamilo

Fruen fra havet ved Les Escholiers i Paris anmeldt av Ludovic Hamilo i det franske tidsskriftet L'Art Social (Janvier 1893, s. 21-22).

Théâtres

LA DAME DE LA MER. – Le Cercle des Escholiers, dans un bel élan, nous a donné la Dame de la Mer; c'est, parmi les œvres du génial Ibsen, la plus claire, au dire de M. Jullien, la plus abstraite selon M. Jules Lemaitre. Dans un décor et un milieu simples, par un développement compliqué, mais large et symbolique, Ibsen expose un drame sentimental et suggère une thèse: ce n'est plus la méthode de M. Dumas, qui fabrique sa thèse et impose son drame.

Une jeune femme, Ellida, – douloureux résumé de la tendance contemporaine qui porte au Désir exaspéré et se dérobe au seuil du Vouloir pur, – se fiança jadis à un marin errant et mystérieux; néanmoins, par son incapacité même de résistance, elle s'est laissé unir à Wangel, veuf et père de deux filles… L'Homme, les Fiançailles, le Décor lointain et absent, tout attire Ellida, hors de réel momentané: elle ne peut aimer son mari. Celui-ci, épris mais doux et raisonnable, d'une extériorité un peu sèche, tente vainement de combattre les souvenirs revécus et les hantises renaissantes… Ellida, en un plaite exquise et poignante, pleure la Grande Mer: Wangel propose de l'y conduire, elle refuse. Le Marin, aux yeux de rêve et d'infini, paraît; mollement, Wangel lutte de raisonnement et de raison contre ce Passé imprécis et vivant qui appelle. Enfin, il sent, comme il le comprenait déjà, que ni la Mer sans rives, ni l'Homme sans attaches et vertus, ne réclament impérieusement Ellida, mais la Liberté, le Champ libre du Désir. Le cœur serré, il dit à sa femme: «Choisis, puisque tu le demandes!» Et elle reste. Elle s'est heuriée à la vision de la Responsabilité; et elle revient contente d'avoir affranchi son Rêve, qui est tout l'art de la Vie, comme la Douleur en est la vérité, et la Résignation l'ordinaire pratique.

Autour de cette longue lutte, où chacun se porte à autrui pour s'échapper de soi – jusqu'au brusque retour final – deux jeunes filles vont, et aussi un amoureux et un malade, – la moyenne vie d'en-dessous.

Mlle Camée a été excellente dans les passages de nuance. Elle a tenu le rôle d'Ellida en artiste, malgré quelques insuffisances dans les parties plus marquées en force, où je crains qu'elle n'ait faussé, en la précisant, l'intention de l'auteur. Lugne-Poé a le souci du naturel et de la vérité; il a donné, dans Wangel, toute la sagesse résignée, la raison nette et raisonneuse, la douceur expérimentée, l'affection discrète et indulgente qui caractérisent ce personnage. Mlle Meuris a merveilleusement reproduit l'Hilde espiègle, effrontée et sérieuse. Je dois aussi des félicitations à Mlle Marie Aubry, à MM. Hanryot, Dupuis, Desmarets, Magnier.

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L. H.

Publisert 6. apr. 2018 09:52 - Sist endret 6. apr. 2018 09:52